Village de Kernave

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Kernavé

Aujourd’hui petite bourgade de moins de 300 habitants, à 35 km de la capitale Vilnius, au bord de la rivière Néris, dans un site magnifique, Kernavé est plus qu’un simple village.

Kernavé représente pour le peuple lituanien le symbole de ses racines européennes. Un grand nombre d’historiens considèrent Kernavé comme l’un des berceaux de l’Etat lituanien contemporain, le site présumé de la première capitale du pays du haut moyen âge au début du XIIIe siècle.

Ses châteaux forts se dressaient sur plusieurs collines au bord de la rivière Néris et protégeaient la capitale féodale [passage stratégique de très haute importance] des invasions et razzias diverses. L’ensemble a été rasé par les Chevaliers teutoniques en 1390. En 1410, les armées lituaniennes alliées aux polonais se vengeront définitivement des Teutons en les écrasant lors de la bataille de Tannenberg (Grünwald) ou " Zalgiris " en lituanien.

Rappels historiques

(Kernavé un repère dans l’histoire de l’Europe)

Alors que tous les pays d’Europe occidentale, christianisés depuis déjà fort longtemps, guerroyaient pour imposer leurs couronnes les uns aux autres, la prise de la terre sainte par les Ottomans impose aux rois une trêve afin d’organiser les premières croisades. Tous les territoires au Nord Est du Saint Empire, une des zones traditionnelles de passages des grandes invasions que subissait le continent à cette époque, demeuraient encore des terres païennes fort mal connues des peuples de l’Ouest. Au-delà de ces frontières encore assez floues s’étendait un empire de la mer Baltique à la mer Noire que l’on appelait le Grand Duché de Lituanie. Celui-ci, sous la domination des ducs de la dynastie des Gedimines regroupait un ensemble de peuples qu’il protégeait des invasions, filtrant ces hordes barbares qui par vagues successives ont toujours suivi le soleil plus vers son coucher à l’Ouest.

La défaite définitive des armées croisées en Palestine et le sac de Constantinople durant leur retraite ébranlèrent toute l’Europe médiévale et diminuèrent considérablement la crédibilité de l’église de Rome au sein du peuple, saigné par ces aventures aux conséquences désastreuses pour toute l’Europe. De retour sur leurs fiefs, les ordres créés en orient, assoiffés de nouvelles conquêtes et devant justifier leur existence, arrivèrent à convaincre le pape de les missionner pour partir christianiser les derniers territoires païens d’Europe. Dés le début du 13ième siècle, les Chevaliers teutoniques suivis des Chevaliers Portes Glaives se lancèrent à la conquête des terres lituaniennes, depuis leurs fiefs allemands, rompant ainsi un équilibre tactique qui était tout à l’avantage de l’Occident. Les terres des prussiens ainsi que les accès à la mer passèrent sous le contrôle des ordres teutoniques. Sous prétexte de christianisation, ils tentent de pénétrer plus à l’intérieur des terres. Kernavé se trouvait sur leur passage. A plusieurs reprises la ville sera assiégée et dévastée pour finalement disparaître et devenir une légende.

Plus tard la capitale sera transférée à Trakaï, puis Vilnius à la suite d’un rêve prémonitoire du Grand duc Gédiminas symbolisé par l’apparition d’un loup en fer, représenté de nos jours sur la place centrale du village.

Kernavé, un site historique où le peuple lituanien retrouve ses racines

Autrefois appelés barbares par les chrétiens, les Lituaniens furent les derniers peuples païens civilisés d’Europe. La langue lituanienne représente le plus ancien maillon des langues indo-européennes du continent. Ce peuple était, avec ses voisins baltes, le dernier gardien des rites et coutumes païennes d’Europe.

La Lituanie se trouvait au carrefour de quatre mondes, l’Europe du Nord avec le Sud, l’Ouest avec l’Est, zones géostratégiques longtemps sujettes à querelles et dominations. Cette position aura tout au long de son histoire assuré une fonction de tampon entre des intérêts divergents et cela jusqu’au dernier partage de la Pologne, sacrifiant la Lituanie au joug de la Grande Russie des tsars. La première et trop courte période d’indépendance entre les 2 guerres mondiales du début du XX° siècle permet en moins de 20 ans à la Lituanie de reprendre son histoire en main. Hélas le résultat de la deuxième guerre mondiale sacrifie de nouveau le sort de la Lituanie laquelle disparaît sous la botte de Staline et devient République forcée de l’Union Soviétique. Le cauchemar s’arrêtera à la déclaration du retour à l’indépendance en 1990, officiellement reconnue en 1991.

Kernavé, est aujourd’hui un site archéologique unique où dorment les vestiges des différentes strates de l’histoire. Les traces des premières implantations humaines datent de 9 000 AV.J.-C. Son nom viendrait de Kernius, petit-fils d’un guerrier d’origine romaine, Palemonas, mais la véritable origine de Kernavé demeure toujours un casse-tête pour les historiens. Plusieurs théories s’affrontent. L’une d’elles prétend que Kernius, fils de Kaunas, petit-fils de Palemonas, un seigneur contrôlant les régions de Samogitie (au nord ouest du pays actuel, jusqu’aux côtes de la baltique) serait le premier fondateur de la ville. De plus en plus puissant, il conquit le pays situé de l’autre coté de la Néris. Kernius trouva le site magnifique, il y plaça son fils et lui donna son nom, " Kernavé ". Kernius devint le Seigneur de tous ces territoires, jusqu’à la frontière de la Latgale, le fleuve Daugava en Lettonie actuelle.

Dés le 13ieme siècle, Kernavé devient un des principaux centres de Lituanie, pouvant être considéré comme capitale pour ses échanges avec ces différents voisins. C’est une ville active, on y compte de 3000 à 4000 habitants. En 1279, l'année du premier mentionnement de Kernavé dans les sources écrites, les Croisés attaquent Kernavé. De nombreux morts de part et d’autre mais sans succès pour les Croisades. En 1365 et 1390, la ville est à nouveau assiégée par les Chevaliers Teutoniques. Dernier centre de résistance, Kernavé est une ville dévastée, mais les Ordres ne passèrent jamais au-delà de la ville. Après cette période, les châteaux des collines ne furent plus jamais reconstruits. Au 15ieme siècle, Kernavé devient graduellement un village provincial ordinaire dépendant de Vilnius. Les populations quittent petit à petit la partie basse de Kernavé, proche du fleuve Néris, pour monter progressivement au-delà des collines. Au 16ieme siècle, la ville basse est abandonnée au profit de la ville haute.

Kernavé aujourd’hui

Située à 35km au nord-ouest de Vilnius, Kernavé est une bourgade bien paisible de moins de 300 habitants qui cache encore les souffrances du passé en vivant celles du présent. Jadis capitale, elle n’est plus aujourd’hui qu’un petit village dont la grande majorité des habitants se sentent abandonnés par le futur. Petit à petit renaît l’histoire sur un des plus importants sites archéologiques préservés des fouilles de cette partie de l’Europe.

Un village, symbole de la résistance passive et religieuse, représentée par son vieux curé le Monseigneur Česlovas Krivaitis (recemment décédé) et sa collection des "reliques religieuses". En effet on pourrait comparer le village de Kernavé avec le village italien de Don Camillo et Pepone de la série comique dont Fernandel représentait le curé du village qui lutait contre les communistes de Pepone. L’histoire d’une rivalité d’influences sur les habitants du village où deux partis s’affrontaient. Cela on peut le voir en découvrant l’immense maison de la culture qui rivalise avec l'église et son immense presbytère se faisant face au plein milieu du village. La résistance du curé se matérialisa par la création d’une maquette de Jérusalem dans le jardin du presbytère avec un joli bassin sur sa droite, dont les pourtours, représentent la carte de la Lituanie : grande audace à l’époque soviétique. Le curé a dû souvent affronter les colères et représailles du régime, mais il a toujours réussi à s’en sortir.

Kernavé un site au statut de réserve nationale.

Aujourd’hui, pour avoir su préserver ses secrets encore cachés sous sa terre et pour la beauté des paysages de cette zone qui est aussi une réserve naturelle nationale, le site est inscrit au registre de l’UNESCO du patrimoine mondial de l’humanité. Tout le territoire est efficacement protégé par son directeur, Saulius Vadišius, qui travaille ardemment, avec les faibles moyens mis à sa disposition, pour non seulement préserver mais aussi développer l’intérêt du site dont il a la charge.

Depuis le point panoramique surplombant la ville basse disparue, c’est une vue surprenante et magnifique sur le passé qui s’offre aux yeux. Un regard sur les collines où se dressaient les châteaux forts en bois, avec un coup d’œil sur les 200 ha que constitue l’emplacement de l’ancienne ville base, une vue très dégagée qui porte loin au-delà des deux rives de la Néris avec un paysage préservé de toute beauté. C’est une vue sur un passé que l’on peut aisément deviner qui s’offre aux visiteurs.

La plaine, la Néris, les forêts, les champs, les oiseaux et le vent vous offriront un spectacle que seule la nature peut offrir. Après avoir dégusté, savouré ce paysage paisible, si riche en histoire, vous arpenterez de petits chemins spécialement aménagés et marcherez vers la rivière. Ne vous étonnez pas si en chemin vous croisez renards, lapins, cigognes….

Bienvenue à Kernavé et bon séjour !




Collines-chateaux de Kernave
Collines-chateaux de Kernave


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